Sevan That Spells – Retro Future Spasm

Au début, il n’y avait que des sons, un phénomène physique en réponse à une action mécanique. Un événement local faisant vibrer l’air, ou autre fluide ambiant. Les créatures qui ont peuplés la terre se sont doutées avec le temps d’un dispositif pour capter ces sons, une évolution qui s’est rapidement montrée indispensable pour percevoir le monde qui les entoure. Rapidement ces animaux se sont mis à émettre des sons eux même, une palette de bruits aux fonctions multiples, propres à chaque espèce qui finira par devenir un élément à part entière du langage. Dans la nature le son semble désordonné, il est lié aux aléas de phénomènes naturels et au bon vouloir des animaux, il s’agit d’un élément indomptable, sauvage.

Puis arrive l’homme. L’homme qui s’est forcé à ordonner ce son, à lui donner un sens, le langage est devenu articulé, chaque son qu’il est possible d’émettre est identifié, et une suite de sons donne un sens bien particulier. Bientôt il allait créer la musique, qui deviendra un art, l’art d’ordonner les sons entre eux. La source de ces sons a pris la forme d’instruments, et leur organisation s’est transformée en notes, toute forme de hasard a disparu et la musique est devenue quelque chose de propre à l’homme, elle ne peut exister à l’état naturel car de trop nombreuses règles dictent son écriture, ce sont ces règles qui permettent de qualifier une suite de sons de musique ou non, des règles que chaque individu a plus ou moins intériorisées et qui varient selon les cultures. Il aura fallu attendre plusieurs siècle avant que des compositeurs remettent en cause cette ordre, le changement s’est fait progressivement jusqu’au courant contemporain et l’apparition de la musique électronique dans les années 50 pour permettre des expérimentations jusqu’alors impossibles, permettant à l’homme de repartir de zéro dans sa considération de la musique, mais rapidement ces expérimentations ont retrouvées le chemin de l’ordre.

C’est là qu’intervient Seven That Spells, poursuivant le travail commencé dans les années 60-70 par le kraut rock et son approche expérimentale du rock. Seven That Spells se place exactement à mi-chemin entre musique ordonnée et désordonnée, ils déconstruisent cette musique et sèment un chaos qui ne laisse pas indifférent. Certes, certains vont détester leurs œuvres, mais il faut avoir des attentes différentes que celles de la musique habituelle. L’émotion passe avant le cérébral, chaque instrument est un déluge et la musique formée par le groupe est un véritable torrent dans lequel il est impossible de rester debout. Si leur musique semble chaotique, elle est pourtant millimétrée, chaque musicien ayant un rôle précis dans cette symphonie du bruit.

Leur discographie a donné lieu à de nombreuses perles, et vous auriez tort de délaisser un seul de leurs albums, mais au milieu de cette fresque croate, un album me captive plus que les autres : Retro future spasm.

future-retro-spasm-55eed306eb1ba

Ce n’est pas leur album le plus novateur, ni le plus expérimental, c’est peut-être même le plus accessible, le plus direct, mais tout y est, l’énergie brute, un son massif, des lignes mélodiques qu’on essaye de noyer dans un torrent rythmique, une sorte de bordel magnifique totalement hors de contrôle.

On comprend rapidement que la mélodie n’est pas là pour être sifflotée avec l’utilisation de deux saxophones chargés de reverb, il faut noyer le son, superposer le plus d’instruments, chaque seconde de ce disque est voué à tuer méthodiquement le silence. La guitare s’affranchie des contraintes harmoniques et mélodiques pour hurler les sons les plus primitifs que sa saturation lui permet, mais ce qui finit d’annihiler l’auditeur c’est la section rythmique, avec cette batterie complétement indomptable qui massacre les cymbales pendant 45 minutes et va faire rouler les toms sans répit. Ce qui vient démontrer leur réelle compréhension du rock par sa déconstruction savante, c’est l’utilisation de la basse, qui va marteler les cordes avec ce qu’elle peut de distorsion pour terrasser immédiatement l’auditeur qui serait encore debout à coup de breaks dévastateurs. Finalement c’est cette basse virtuose qui est le seul lien avec une approche traditionnelle de la musique, malgré le raz-de-marée sonore, elle ne cède pas et continue implacablement de tenir le rythme, régularité et groove psychédélique, c’est là sa seule mission pour empêcher cet album de sombrer dans le chaos le plus total qui vient parfaire cette œuvre en lui donnant un côté schizophrène.

Que vous aimiez cet album ou non, ce groupe ou non, il est important qu’il existe et qu’il puisse s’exprimer, pour perpétuer une autre forme de musique qui rend hommage au son, qui comprend l’essence du rock et le réactualise à l’heure où il est standardisé et sur calibré : ne pas respecter les conventions et aller en marge de la norme musicale.

Seven That Spells se qualifie comme un groupe d’un futur dans lequel le rock serait mort et conduirait une sorte de trip de retour au source de ce style, évidement ce futur dystopique est notre présent, celui où le glas du rock a sonné dans les années 90 et où l’ordinateur prend une place de plus en plus importante dans un style qui a pour fondation l’énergie et le refus des conventions, drôle de paradoxe que l’on retrouve dans la qualité irréprochable de la production de ce retro future spasm. Le son est presque trop propre, mais leur puissance de jeu et la grandeur de leurs compositions font que malgré cet aspect presque clinique, leur musique sort quand même du lot, comme si même le mixage ne pouvait pas résister face à cette vague monstrueuse.

Tagged with: , , ,
Publié dans critique

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

derniers trucs
Catégories
%d blogueurs aiment cette page :