Les nuages dans la tête

C’était le matin. Ou plutôt le soir. Peut-être les deux en même temps. Ca s’appelle la nuit : c’est comme de la grenadine, on mélange de l’aube avec du crépuscule, et c’est prêt.

Le songe et l’éveil étaient de petits wagons qui défilaient en alternance devant mes yeux. Ça clignotait et les paysages n’étaient jamais les mêmes. Les étoffes me retenaient captive, impossible de se défaire des griffes du lin seule. Je n’étais pas morte, pas d’inquiétude, mais pourtant je flottais. Il y avait des nuages de coussins, et je devais en changer régulièrement, sans quoi je m’enfonçais dedans, et qui pouvait savoir ce qu’il y avait en dessous ? Et bien justement, j’avais décidé de savoir. J’ai saisi un bout de drap du ciel, juste comme ça, par précaution, si jamais le besoin se faisait sentir de remonter, et je me suis laissé avaler. Au début il faisait tout blanc, comme quand il fait noir, mais c’était blanc. Cet oreiller avait l’air bien épais, la descente était très longue : si les années se comptaient en minutes, ça aurait duré plusieurs années ! La lumière se faisait rare, les choses autour de moi se tamisaient, en tout cas mes mains et mon corps se tamisaient, s’il y avait d’autres choses alentour, elles étaient carrément gommées, car je ne voyais rien. La brume semait des petites gouttelettes sur mon visage. Je me dépêchais de les enlever, car, ces gougouttes-là, je ne les connaissais pas, et j’avais peur qu’elles s’incrustent dans ma peau et deviennent des grains de beauté. Ça ne me posait pas spécialement de problème, mais je me suis dit que s’il y avait trop de grains, ça ferait pousser un champ, et alors on ne verrait plus la beauté. Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à ça, mais à trop vouloir frotter, j’ai lâché la couverture de ciel, et j’ai commencé à tomber beaucoup plus vite.

Il a faisait de plus en plus sombre, et puis, à un moment, il a fait tout noir. Comme quand il faisait blanc, sauf que c’était à nouveau noir. Ce qu’il s’est passé ensuite, je ne m’en souviens plus vraiment, mais quand l’obscurité a cessé, j’étais dans ma chambre. Quelque part, ça m’a rassuré un peu, de savoir que si je me perdais dans un nuage, j’atterrirais dans ma chambre.

 

Publié dans Uncategorized

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

derniers trucs
Catégories
%d blogueurs aiment cette page :